Friday, November 26, 2010

LA QUESTION DU CATHOLICISME QUEBECOIS


La question du catholicisme québécois d'antan est souvent évoqué pour parler du rapport des Québécois francophones à l'argent. Comme pour parler de la sexualité d'ailleurs. Or ce qui est étrange, c'est que ce soit non pas une certaine vision du catholicisme mais bien une supposée tradition judéo-chrétienne qui soit alors évoquée pour parler de certains interdits sexuels antérieurs. Non seulement cette vision est-telle fausse, mais de plus elle n'a même pas le mérite d'être empreinte d'un certain humour. À cette interprétation, je préfère de loin celle du cinéaste John Waters qui disait un jour être heureux d'avoir été élevé dans la tradition catholique puisque cela lui assurait que le sexe serait toujours quelque chose de sale.

De même j'avais trouvé toute aussi instructive cette entrevue qu'il faisait avec Fran Lebowitz pour le compte du magazine Interview en 1981. Parlant du fait que pour lui le judaïsme et le catholicisme partageraient une certaine culpabilité commune, Lebowitz prenait bien soin de préciser que le sentiment de culpabilité en regard de la question sexuelle n'existait pas dans la tradition juive et qu'on ne parlait pas de cela. Si faire du judaïsme et du catholicisme des éléments ayant de façon égale influencé le passé du Québec en parlant d'une supposé tradition judéo-chrétienne relève d'une erreur, il en va de même avec cette facheuse habitude que nous avons au Québec de jeter le bébé avec l'eau du bain lorsqu'il s'agit de parler de la question religieuse. Or, comme chaque sondage le démontre, ce qu'une vaste majorité de Québécois veut, c'est que soit développée une meilleure conscience historique de la dimension culturelle du catholicisme. De la même façon qu'on peut se dire juif sans être religieux et que l'Islam épouse de plus en plus des contours non plus seulement religieux, une importante part des Québécois dits de souche conservent un attachement culturel à leur passé catholique. le premier janvier 2016 Richard marceau ex député bloquante et deuil converti au judaïsme orthodoxe accordait un entretien à Radio-Ville-Marie. Il rappelait ce qui devrait être l'élément majeur de toute éducation religieuse sérieuse au Québec. «Un chrétien ne peut pas se dire athée mais un juif peutse dire athée. De même cette idée de peuple juif. Mais surtout il rappelait comment il venait d'un foyer catholique ou ses deuxparents étaient pratiquants. 

À l'automne 2010, le Congrès juif Québécois rencontrait pour la deuxième fois des étudiants de l'UQAM. On y rappela entre autre, comment les rapprochements entre juifs et catholiques continuaient de se faire et comment cela avait déja été le souhait du cardinal Paul Émile Léger comme celui du cardinal Monseigneur Turcotte. Mais ce désir de dialogue inter religieux accru devrait aussi nous rappeler une chose. La majorité des immigrants qui arrivent au Québec aujourd'hui proviennent souvent de pays ou les valeurs religieuses et familiales sont demeurées beaucoup plus fortes que parmi les Québécois dits de souche. Et cela a des répercussions majeures. On demande souvent aux immigrants de s'intégrer rapidement à la societé majoritaire francophone. Mais comme me le disait un jour une femme d'origine afghane, par ailleurs très ouverte et moderne, «à chaque fois que j'écoute les Québécois je les entends être contre quelque chose. Pour quelle chose êtes vous donc en faveur?» Aussi difficile cela puisse-t-il être à entendre pour certains, il faut désormais avoir le courage de poser cette question. Quel est l'attrait pour un immigrant (aux racines religieuses et ethniques fortes via son attachement à son pays d'origine, sa fierté d'appartenir à sa disapora) de s'intégrer à un groupe qui bien que reconnu comme peuple depuis 2006 ne se comporte jamais comme tel? Ce même peuple qui a largué sa diaspora avant même d'être un pays (disparition du concept de canadien français) et a coupé ses racines avec le passé en disant que tout ce qui s'était fait au Québec avant 1960 ne valait rien et ce très souvent sans grand discernement.

Mettez maintenant cela en relief avec le grand respect du passé et de la mémoire propre à la communauté juive et vous avez cette déclaration de Jason Kenney, ministre de la Citoyenneté, de l'immigration et du multiculturalisme, pour marquer la célébration de Hanoukka en 2010 :« Hier soir au coucher du soleil était le début de Hanoukka, une fête juive commémorant la reconsécration du Temple et le triomphe du judaïsme contre la tyrannie d'un oppresseur étranger et impie, il y a de cela plus de deux mille ans. Ayant été témoin de la profanation de leur Temple et des tentatives de corruption de leur religion, le peuple juif, dirigé par les Maccabées héroïques et croyants, a lutté avec succès pour rétablir la pratique de leur religion. Cette fête se célèbre le soir par l'allumage d'une menora, symbole du miracle de l'huile pure, qui a brûlé miraculeusement pendant huit jours après la libération du Temple. Comme l'indique les registres contemporains, Juda et ses frères et toute l'assemblée d'Israël ont décrété que, à chaque année pendant cette saison, on célèbrerait la consécration de l'autel avec joie et allégresse pendant huit jours, à compter du 25e jour du mois de kislev. Cette fête importante fournit à tous les Canadiens une excellente occasion de réfléchir à l'importance de la foi, des rituels et des traditions, ainsi que des contributions remarquables que les membres de la communauté juive ont apportées au patrimoine riche et diversifié de notre pays. À titre de ministre de la Citoyenneté, de l'Immigration et du Multiculturalisme, j'offre mes meilleurs vœux de bonheur et de félicité aux personnes qui célèbrent Hanoukka au Canada et partout dans le monde.» Ajouter à cela tous ces autres signaux positifs donné par Stephen Harper envers la communauté juive, puis le refus de toute critique des conservateurs envers Israel, et on comprend aisément pourquoi lors des élections ayant donné une majorité au gouvernement conservateur, les juifs canadiens ont pour la première fois voté davantage pour le parti dirigé par Stephen Harper que pour le parti libéral. Un renversement historique totalement impensable il y a une vingtaine d'années seulement.

Cette attitude de méfiance d'un grand nombre de Québécois dits de souche envers les religions trouvait de nouveau un écho dans l'actualité en décembre 2010 lorsque le gouvernment du Québec annonça qu'il interdisait désormais tout enseignement religieux dans les CPE et les garderies. Lorsque j'appris cette nouvelle je me suis immédiatement dit que l'on ignorait probablement qu'enseigner l'histoire de la religion juive à de jeunes enfants c'est aussi leur enseigner leur histoire en tant que peuple donc avec des inévitables connotations culturelles, historique et ethniques. Mais ce que cet évènement montrait, c'est à quel point nous avons désormais dissocié religion et culture. Bien sur il fallait se défaire du caractère oppressant de la religion d'antan mais depuis ce temps bien des choses ont changé. On demandait un jour à Bill Gates si il était pratiquant. Il répondit que non, tout en affirmant que ses enfants auraient tout de même une éducation religieuse en raison du caractère formateur de celle-ci. En fait ce qui fut le plus intéressant à noter dans le cas de cette épisode des garderies québécoises, fut surtout ce qu'il révéla de l'affiliation politique. Auparavant le Congrès juif Québécois avait accusé le parti Québécois de faire glisser le Québec vers l'intolérance avec sa croisade pour la laïcité. Dans le cas de cette initiative du parti libéral sur les garderies, on eut droit à une réaction beaucoup plus en demi teintes. (La presse 22 décembre 2010) «Appliquer la directive sera « la quadrature du cercle» estime Daniel Amar, directeur du Congrès juif canadien, section Québec. L'association des CPE de la communauté juive, qui relève du Congrès, s'est retirée du comité-conseil en cours de route. « On a senti que les choses n'allaient pas dans le sens du compromis souhaité «, a dit M. Amar. La représentante qui siégeait au comité, Chana Rosenberg, n'a pas voulu commenter, se disant liée par une entente de confidentialité. Selon M. Amar, « la communauté est déçue. On a le sentiment que la communauté juive fera les frais de la quête de la laïcité absolue».


On peut se dire juif sans être croyant. Pour sa part Mathieu Bock Côté se définissait un jour comme étant un catho-laïque. On commence à comprendre que la sens à donner à l'identité catholique des Québécois dits de souche ne pourra se définir qu'à travers une réflexion tenant compte à divers degrés de la notion d'identité juive. Avec ce que cela comporte de similarité mais aussi forcément, de différences majeures. À l'heure ou au Québec le «on verra» triomphe , on en est encore très loin.»

À l'été 2014 j'assistais au concert d'ouverture du festival Présence Autochtone donné par Samian. Sa foi y était bien en évidence dans deux chansons qui détonnaient dans notre environnement faussement spirituel de pacotille. 
Je n'ai pu m'empêcher de trouver cela à la fois courageux et rafraîchissant. Et c'est un agnostique qui l'écrit. De même ai-je beaucoup réfléchi à ce que j'aurais vraiment aimé entendre lorsque se déroulait le débat sur la chartre des valeurs en 2014. Je n'y ai alors rien entendu concernant la trajectoire globale des pays vers lesquels vont aujourd'hui les immigrants dont le Canada. Et pourtant cela est absolument essentiel.

Considérons un moment ceci. Partout à travers le monde les pays ou souhaitent s'établir les immigrants sont des pays de tradition chrétienne s'étant depuis plusieurs années éloignés de la lecture littérale des textes religieux. Or, ces pays sont les pays choisis par les immigrants parce qu'on y trouve une qualité de vie enviable à l'échelle mondiale. Et c'est qualité de vient précisément du fait qu'ils se sont éloignés d'une lecture littérale de la Bible qu'il s'agisse de l'ancient ou du nouveau testament. Ajourd'hui on dit de l'Islamisme radical ( qui en fait L'islam littéral) qu'il n'a rien à voir avec l'islam. Ce qui est une complète absurdité. Il n'a rien à voir avec la façon dont l'immense majorité des musulmans vivent leur islam mais il a tout à voir avec l'islam.

Pensons à la condamnation de l'homosexualité dans le passage de Sodome & Gomorrhe dans la Bible. Quelqu'un se référant à ce passage aujourd'hui pour dire que selon sa conviction chrétienne, les actes homosexuels sont répréhensibles, ne ferait pas une lecture déformée du christianisme. C'est dans le texte. Il en ferait une lecture littérale. Idem pour un juif ou un musulman se référant à ce passage. En disant lors d'un acte terrorisme commis au nom de l'Islam que cela n'a rien à voir avec la religion ou avec précisément l'Islam, on opte pour la réponse la plus contre-productive qui soit. Car on envoie le message qu'il n'y a pas de problèmes avec la lecture littérale des textes religieux au vingt-et unième siècle, ce qui est une complète aberration, et de plus, on dit aux musulmans se référant au textes de cette façon qu'il n'ont pas à changer leur lecture des choses. Dans l'Évangile selon Saint-Mathieu 5: 28: 30 on y lit: Mais moi je vous dis: Tout homme qui regarde une femme pour la convoiter a déjà commis un adultère avec elle dans son coeur. 29 Si ton oeil droit te pousse à mal agir, arrache-le et jette-le loin de toi, car il vaut mieux pour toi subir la perte d'un seul de tes membres que de voir ton corps entier jeté en enfer.
30 Et si ta main droite te pousse à mal agir, coupe-la et jette-la loin de toi, car il vaut mieux pour toi subir la perte d'un seul de tes membres que de voir ton corps entier jeté en enfer.»

Combien de personnes dans les pays Occidentaux de tradition chrétienne font encore une lecture littérale de cela? Se poser la question c'est y répondre. Aujourd'hui on en est rendu à dire que les musulmans ne sont pas compatibles avec l'Occident. Que l'islam n'est pas compatible avec l'Occident. Deux affirmations incomplètes et par conséquent fausses. Ce qui est incompatible avec l'Occident c'est l'islam littéral. Comme le christianisme ou le judaïsme littéral d'ailleurs. Israël serait-il un État démocratique si il était composé à 75% de juifs hassidiques? En fait lorsqu'on pose la question de savoir si l'Islam est compatible avec la démocratie, la réponse à cette question s'avère en fait beaucoup plus simple. Une population musulmane fortement minoritaire est compatible avec les pays Occientaux. Une majorité musulmane de croyants assez fervents et proche d'une adhésion littérale aux textes religieux du Coran ne l'est pas. Dans aucun pays à majorité musulmane, le droit de renoncer à sa fois n'existe. Idem pour le droit d'être ouvertement gay sans aucune forme de répression sociale ou étatique ou encore pour le droit de critiquer la religion islamique. S'imaginer le contraire relève de la fiction et d'un déni de la réalité qui ne peut en aucun cas être acceptable.

Lorsque Michel Houellebecq publia son ouvrage «Soumission» en 2015 toutes les accusations habituelles d'Islamophobie à son endroit reprirent de plus belle. Mais on manqua carrément l'essentiel de son propos. Au mois d'août 2015 Houellebecq était l'invité de l'émission «On n'est pas couché». Ses propos sur la religion étaient fascinants. De l'idée qu'il y a un essoufflement de l'Occident sans religion, que celui-ci compose mal avec la perte de sa religion, etc. Un simple regard autour de soi suffit à voir qu'il a entièrement raison. Aux États-Unis Camille Paglia faisait déjà le même constant il y a quelques années en disant que l,effacement du religieux non remplacé par l'art qui l'exaltait ou s'y donnait lieu au vide artistique présent.

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