Monday, December 6, 2010

LE DANGER DES EXCÈS DE ZÈLE


Dénoncer la rectitude politique aujourd'hui, c'est s'attaquer à la confusion grandissante entre ce qui relève d'un organisme de défense et ce qui releverait plutôt d'une firme de relation publique ou de communication en mode «damage control». On se demande souvent quelles sont les limites à la liberté d'expression. On aurait ici intérêt à ce rappeler que cette même liberté d'expression existe précisément pour les opinions qui ne sont pas populaires. Comme on aurait intérêt à se rappeler ce qu'étaient les grandes entrevues Playboy alors qu'on ne craignait pas la controverse. Une entrevue avec Albert Speer le bras droit de Hitler en 1971, une autre avec Rockwell le chef du parti Nazi américain en 1966 or encore cette autre avec Salman Rushdie en 1996.

Il faudrait être aveugle aujourd'hui pour ne pas constater que la liberté d'expression subit lentement mais surement des reculs depuis une trentaine d'années. Ce qui n'est pas sans créer des remous ici comme ailleurs: «Il faut être juif pour avoir la liberté d'expression en France. C'est une réalité» affirme le controversé Dieudonné.

Aujourd'hui le souvenir de l'holocauste est souvent rappelé pour soutenir l'interdiction de dire certaines choses à l'égard des juifs. Alain Finkielkraut lui -même juif, est bien conscient du danger potentiel que cette attitude poussée à l'extême comporte: «La mémoire nous invite à la vigilance. Seulement, ce n’est pas faire preuve de vigilance que d’ériger la Shoah en paradigme politique. Et d’en faire une grille d’analyse de tous les événements. C’est ce qui se produit quand on aborde la question du Moyen-Orient pour affirmer que la victime d’hier est le bourreau d’aujourd’hui. Il y a d’autres moyens de soutenir la cause palestinienne. Malheureusement, on cède trop facilement à ce dévergondage de la mémoire. La Shoah est devenue l’étalon de la souffrance et il règne aujourd’hui une concurrence effrénée des victimes. La seule manière d’en finir est de dire que le descendant d’une victime de la Shoah n’est pas une victime. Et le descendant d’esclave et de colonisé non plus. Mon père a été déporté, je ne suis pas un déporté. La mémoire doit respecter la distance qui nous sépare des suppliciés. Nous ne sommes pas là pour nous revêtir des oripeaux des souffrances que nous n’avons pas connues. Mais pour honorer ceux qui ont souffert, comprendre ce qui s’est passé.»

Traditionellement les organisations juives se sont montrées très militantes en ce qui a trait aux droits la personne . Et ce, pour des raisons historiques évidentes . On peut par exemple lire ceci sur le site du Congrès Juif Québécois : «Le CJQ est aux premières lignes du combat pour la défense des droits de la personne, et s’associe à d’autres groupes servant la même cause, afin de maintenir les consciences en alerte et de porter secours à toutes les personnes victimes de violations de leurs droits ici et ailleurs dans le monde. Par exemple, le CJQ a été la première organisation locale à attirer l’attention sur la situation tragique qui sévit au Darfour. Cette initiative a donné naissance à la Promesse humaine – un groupe de jeunes non-confessionnel subventionné par le CCCJQ, dont le principal objectif est de venir en aide aux victimes du génocide qui se déroule au Darfour. Le CJQ a également obtenu l’adoption d’une motion à l’Assemblée nationale du Québec reconnaissant le 15e anniversaire du génocide au Rwanda, et œuvre aux côtés de la communauté rwandaise afin de sensibiliser le public et de venir en aide aux victimes de ce génocide. Le CJQ appuie aussi d’autres groupes de défense des droits de la personne afin d’attirer l’attention sur divers problèmes restés sous silence. À titre d’exemple, le CJQ participe chaque année à la Semaine contre le racisme, et au Mois de l’histoire des Noirs, pour ne citer que ces deux événements. »

Aujourd'hui cependant, cela amène à certains prises de position qui sont loin de faire l'unanimité parmi les juifs eux-mêmes. Ainsi au début de 2011 le ministre de la culture en France, Frédéric Mittérand décidait de retirer des commémorations l'auteur Louis Ferdinand Céline mort 50 ans plus tôt en raison de ses propos antisémites passés. Et ce à la demande de Serge Klarsfeld président de l'association des fils et filles de déportés juifs de France. Les réactions furent évidemment nombreuses. Mais surtout cette décision fut vertment critiqués par trois auteurs et personnalités juives elles -mêmes. Ainsi Phillipe Sollers notait: «Qunad ça va mal, la littérature est en première ligne disait Hemingway. Nous en avons ici une démonstration accablante. Le ministère de la culture est devenu aujourd'hui le ministère de la censure.» Bernard Henry Lévy notait pour sa part que ce cas serait surtout intéressant du point de vue de l'analyse, avec comme question sous-jacente celle du type qui «peut-être à la fois grand écrivain et parfait salaud». Quant à Alain Finkielkraut il notait de façon plus juste: «Il faut assumer l'héritage contradictoire de Céline. Jamais un lycée de France ne doit porter le nom de Céline, mais je ne suis pas sur qu'un tel écrivain ne doive pas faire l'objet de commémoration. Je suis surtout très inquiet des conséquences de cette décision, car cela va accréditer l'idée que le lobby juif fait la pluie et le beau temps en France»

Dans tout ce débat, le monde de l'humour avec sa plus grande liberté de dire ce qui ne se dit pas ailleurs, n'est jamais bien loin. Lors d'une fameuse chronique passée, “la semaine mythomane de Nicolas Bedos” sur France 2 (Novembre 2010) le jeune metteur en scène et écrivain a d'abord commencé par critiquer le nouveau film ‘Elle s’appelait Sarah’ de Gilles Paquet-Brenner qui retrace l'histoire d’une petite fille juive déportée en 1942 lors de la rafle du Vel d’Hiv. Le fils de l'humoriste Guy Bedos va juger le film comme “utilisant jusqu'à la lie le souvenir de la Shoa afin de renflouer les caisses lacrymales du cinema français”. Le chroniqueur poursuit alors avec une critique de “ la rafle” en s'étonnant que les “petits juifs étaient finalement beaucoup plus émouvants que les officiers nazis”. Acerbe, Nicolas Bedos va jusqu'à attribuer le succès de ce film au sujet trop bien mâché et remâché de la déportation juive: "Grâce bien entendu au devoir de mémoire, qui dispense au passage le cinéaste de faire preuve du moindre talent et lui permet de se hisser vers le million d’entrées en raflant les écoliers d’aujourd’hui pour les parquer de force dans des salles de cinéma pédagogique".

Et le sommet est atteint lorsqu'il dit "Jeudi je fais un nouveau rêve, celui dans lequel je pourrais dégueuler sur Netanyahou et sur la politique menée par l’Etat d’Israël sans que personne ne me traite d’antisémite ou d’antisémite inconscient qui, au fond de lui, n’ose le dire consciemment mais rêve de voir pendus : Patrick Bruel, Primo Lévy, Pierre Bénichou et ce qui reste d’Ariel Sharon. Moi qui suis tellement con que je n’ai pas saisi cette notion très subtile selon laquelle s’indigner devant une politique honteuse c’est vouloir du mal à tous les juifs de la planète". Aujourd'hui une chose devient de plus en plus claire. Le rituel des excuses publics dérape, et le concept d'islamophobie calqué sur celui d'antisémitisme devient à son tour de plus en plus affirmé et utilisé à toutes les sauces. Désolé, mais à cet égard nombre d'organistions juies ont un mea culpa à faire pour avoir inspiré à ce point cette notion d'islamophobie comme arme par excellence pour faire taire toute critique.

En décembre 2010 le Jewish journal rapportait les 10 plus importantes insultes jugées anti-sémites tels que rapportés par le site Simon Wisenthal. Au nombre des «coupables» figuraient Helen Thomas ou Oliver Stone mais aussi cet autre exemple fort questionable illustrant bien comment cette chasse constante à l'antisémitisme peut s'avérer contre -productive.
Figurant au neuvième rang pour avoir proféré une soi-disante insulte à caractère antisémite, on retrouvait Christina Patterson journaliste pour The Independent en Grande-Bretagne: “I would like to teach some of my neighbors some manners… I don’t care if they wear frock coats and funny suits and hats covered in plastic bags and insist on wearing their hair in ringlets (if they’re male) or covered up by wigs (if they’re female), but I do think they could treat their neighbors with a bit more courtesy and respect. I didn’t realize that goyim were about as welcome in the Hasidic Jewish shops as Martin Luther King, Jr. at a Ku Klux Klan convention. I didn’t realize that a purchase by a goy was a crime to be punished with monosyllabic terseness or that bus seats were a potential source of contamination or that road signs and parking restrictions were for people who hadn’t been chosen by G-d.” Or quand on devient assez délirant pour qualifier cela d'antisémitisme et par conséquent utiliser le même mot pour parler de cela que pour parler du président Iranien, quelle crédibilté nous reste-t-il par la suite? Avec pareil comportement les organisations de défense juives ne contribuent pas à diminuer l'antisémistisme. Elles contribuent à l'attiser.

Au Canada l'animateur télé et journaliste Ezra Levant s'est montré fort critique de ces excès de la part de sa propre communauté. Quand on sait qu'il a déja débuté une de ses émissions télé en portant la burqa et en s'en prenant de façon virulente à ce qu'il qualifia de «body bag» sans doute comprenait-il très bien que de se taire devant les excès de la chasse aux antisémites, c'est aujourd'hui par un effet pervers, favoriser la solidification croissante du concept d'islamophobie pour faire taire les commentateurs et intellectuels juifs au sujet de l'Islam. Dans une chronique passée il notait: «I think that most conspiracy theories are merely attempts by people to seem more clever than they are -- or certainly more clever than everybody else. They're also a handy way to blame cosmic forces for one's own problems or misfortunes.Jews have long been at the center of many conspiracy theories. Including the conspiracy theory that Jews want to censor the speech of their critics. Unfortunately, on that last one, the Official Jews seem eager to everything possible to make that conspiracy theory seem real. The Canadian Human Rights Commission's "hate squad" has plenty of Jews, from Harvey Goldberg, to Ian Fine. Irwin Cotler, also Jewish, was a Justice Minister who eagerly prosecuted many hate speech cases. And, of course, many of the section 13 hate speech cases are packed with Jewish interveners -- the Canadian Jewish Congress, B'nai Brith and the Simon Wiesenthal Center. That's a lot of Jews. And even Athanasios Hadjis, the Greek tribunal chair, was in a formal political coalition with the CJC before his appointment. In other words, as I said at lunch today, Canada's Official Jews seem to be trying their best to prove the conspiracy theory true.This censorship cabal has certainly persecuted its political enemies, not just in the HRCs, but also under the Criminal Code provisions -- like Jim Keegstra, or David Ahenakew. As I said today, the Jews turned these nobodies into stars. Men like Ken McVay of Nizkor are perfect antidotes to these conspiracy theories -- in his case, a Gentile volunteer who painstakingly rebuts anti-Semitism and Holocaust denial. Men like the SWC's Leo Adler feed these conspiracy theories -- in his case, reflexively piling on to any political enemy of the Jews who is caught in some hate speech web. I'm embarrassed that so many People of the Book are involved in high tech book-burnings. But I'm angry that they're doing so in my name, as a fellow Jew. It's just a handful of Official Jews; most normal Jews I know are hostile to censorship. But when you call yourself the "Canadian Jewish Congress", you fool a lot of people -- just like something calling itself a "human rights commission" fools a lot of people, too.
(June 16 2008 Ezra Levant)

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